Les pensées fleurissent au coeur de l'hiver.

Regard sur le monde
Claudine Monteil, historienne et diplomate française, a, en 1974, recueilli ce célèbre témoignage de Simone de Beauvoir: "N'oubliez pas qu'il suffira d'une crise politique, économique ou religieuse, pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis. Toute votre vie durant, vous devrez rester vigilante."
Dans ce projet de donner un espace de parole à une intelligence humaine, féminine, parler de son ressenti, des appréhensions, anticipations par rapport à une situation donnée, pourrait paraître anachronique, tant le vingt-et-unième siècle est envahi par l'intelligence artificielle. Or, il y a urgence à ne pas laisser s'éteindre cette compétence dont l'authenticité est spécifiquement humaine, et ce faisant, à l'éveiller chez les plus jeunes.
Gageons qu'il soit encore permis de penser, non pour imposer un point de vue, mais pour inviter à réfléchir.

IH contre IA
A l'heure où j'écris, nous sommes entrés dans une ère où l'intelligence artificielle franchit une limite que nous ne tolérerions pas de la part d'un autre être humain. A une époque pas si lointaine, mais que peut-être les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître, pour paraphraser la chanson de Charles Aznavour, si quand vous écriviez une lettre, une rédaction, quelqu'un était entré dans la pièce pour tenir votre stylo ou vous dicter ce que vous deviez écrire, il aurait été manifeste que votre liberté d'expression était bafouée. Or, aujourd'hui, l'intelligence artificielle n'est plus uniquement un outil à votre disposition. Bien souvent, dès la recherche sur internet, l'intelligence artificielle supplante vos démarches pour d'emblée vous assener un point de vue qui interfère avec votre démarche première. Ce que nous n'aurions pas accepté nous est présenté comme une plus-value. Certes, les traitements de textes, logiciels de tous ordres, sont déjà de l'intelligence artificielle et tant qu'il s'agissait d'outil, c'était assez fabuleux. Mais là, nous avons vraiment un problème. Sans doute ne sommes-nous pas tous égaux. Il existe différentes formes d'intelligence et l'IA pallie sans doute, de façon très utile, à certaines déficiences dans la rédaction de documents, que ce soit en raison d'un problème linguistique ou d'une compétence graphologique ou encore rédactionnelle. Il existait, d'ailleurs, par le passé, des prêtes-plumes qui rédigeaient les documents pour les personnes confrontées à l'une ou l'autre de ces difficultés. Mais l'ingérence de l'IA est tout autre chose. Il ne faudrait pas collectivement sous-estimer le potentiel humain, au point de tolérer et laisser s'installer insidieusement une dictature médiée par l'IA : la dictature de la pensée unique. Restons en éveil. Ne donnons pas à l'outil le pouvoir d'annihiler notre pensée, notre créativité et ce faisant nos libertés.

La beauté sauvera le monde
Les artistes ont le don de nous interpeller en ne s'adressant pas uniquement à notre intelligence cognitive mais en mobilisant nos émotions. Mieux que personne, ils unissent les contraires, et signent l'essentialité humaine. Tant les beaux-arts, que l'écriture, la musique, la danse,... témoignent de cela avec excellence. Et les enseignants, les mystiques, les aidants-humanitaires, les soigants, les artistes, en un mot, tous ceux qui oeuvrent pour un monde plus humain, sont brimés par les décisions dictées par les adeptes d'une intelligence artificielle qui gomme l'humain. Il s'agit d'une guerre qui ne dit pas son nom. Résistons.